En direct de l’investiture du Président Rafael Correa

Tal Cual ! #24Mai #RévolutionCitoyenne #Internationalisme

equateur-1Ces derniers jours ont été si intenses et si émouvants pour moi que je ne sais par où commencer cette note. J’ai passé cette semaine à m’occuper de tant de choses à la fois qui toutes me tiennent à cœur ! Le Forum Mondial-International de la Révolution Citoyenne, le projet de passeport de citoyenneté universelle porté notamment par mon ami Franck Pupunat, porte-parole du Mouvement Utopia, le suivi de l’actualité parlementaire européenne (même en vacances, je ne peux m’empêcher de me mêler de ce qui est au cœur de mon existence depuis 5 ans) et l’investiture officielle du Président Rafael Correa où je représentais le Parti de la Gauche Européenne, magnifique moment politique qui restera à jamais gravé dans ma mémoire.

equateur-2Je dois vous dire que pour moi qui suis une fervente partisane de Rafael Correa depuis Janvier 2006, pour moi qui suis tombée amoureuse de l’Équateur en y arrivant fin 2005, assister à l’investiture que « mon président » pour sa troisième élection à la tête de l’État équatorien a été un événement d’une intensité incroyable. Vous n’imaginez comme comme j’étais fière de représenter le soutien de tout le Parti de la Gauche Européenne  à Rafael Correa en ce 24 Mai 2013 historique ! Alors c’est par là je crois que je vais commencer. Et je vais commencer par dire un grand merci à mes camarades de la direction du Parti de la Gauche Européenne pour m’avoir à l’unanimité élue pour nous représenter à cette cérémonie.

equateur-3En Équateur le 24 Mai n’est pas n’importe quelle date. C’est la date anniversaire de la bataille de Pichincha. Le 24 Mai 1822, la campagne de libération de l’Équateur menée par le Maréchal Antonio José de Sucre (avec des soldats français) obtenait la victoire sur les troupes fidèles  au Royaume d’Espagne mettant fin au système colonial. Une victoire inespérée emportée à plus de 3 000 mètres d’altitude sur les flancs du volcan Pichincha, à quelques heures de Quito. Ici depuis longtemps, à gauche, on parle de la « première indépendance », celle qui aura marqué la fin de la colonie, pas de l’exploitation. Cette bataille-là, celle de la lutte contre l’exploitation, la deuxième indépendance, c’est celle qui se mène aujourd’hui en Équateur avec la Révolution Citoyenne, equateur-4equateur-5à la suite de celle menée par le Président Eloy Alfaro à la fin du XIXème et au début du XXème siècle, et de Jaime Roldós, Président de Gauche disparu dans un mystérieux accident d’avion le 24 Mai 1981, précisément, après quelques mois de mandat (et remplacé par son vice président, Osvaldo Hurtado Larrea, favorable, contrairement à Jaime Roldos, à la libéralisation des échanges pétrolifères avec les USA, signés dans les mois qui suivirent la mort de Jaime Roldós…)

equateur-6Ce vendredi 24 Mai 2013 c’est donc avec le cœur serré tant par l’excitation que par la rage du souvenir historique que je suis partie pour le Swiss Hotel où j’avais rendez-vous avec d’autres représentantes et représentants internationaux pour partir vers l’Assemblée nationale de la République de l’Équateur où se préparait depuis la veille la cérémonie d’investiture présidentielle. A mon arrivée sur place, j’ai eu la grande surprise de m’apercevoir qu’il y avait toute une foule amassée devant l’hôtel. De loin, je n’entendais pas ce qu’ils scandaient. Je me suis avancée un peu inquiète (quoique : les bannières étaient rouges ce qui est d’ordinaire bon signe 😉 ). « Alerta ! Alerta que camina ! La espada de Bolívar por América latina ! », « Qué viva la Revolucion Ciudadana carajo ! »… Ouf ! C’était des camarades. Je me suis approchée d’un pas hâtif. Je n’avais pas encore mon accréditation officielle. Je ne voulais prendre le risque qu’on m’oblige à rester dehors. Mais là nouvelle surprise : « Céline ! », «  Compañera Céline ! ». Je m’arrête interloquée. Des camarades à moi dont un camarade du Comité International de soutien à la Révolution Citoyenne de Paris, mon vieil ami Bolivar Tobar est là tout sourire ! :) Fantastique de se retrouver dans un moment pareil ! Nous échangeons deux mots et nous promettons de nous retrouver vite. Je m’engouffre dans cet hôtel qui me faisait rêver quand j’habitais ici en 2006 et que j’avais à peine de quoi manger.

equateur-7Étrange moment que cette attente en bas d’un hôtel de luxe avant le départ. Il y avait là pêle-mêle des militantes et militants vénézuéliens venus soutenir Nicolás Maduro, des touristes endimanchés visiblement perturbés par environnement du moment qui suivaient, apeurés, le groom qui faisait rouler leurs grosses valises, des personnalités de pays musulmans avec leur coiffe et leur superbe inimitable, assis impassiblement sur les grands fauteuils des salons adjacents à l’entrée, et puis, de temps à autres, des personnalités connues entourées de leurs gardes du corps. Rigoberta Menchu, l’héroïne des luttes indigènes guatémaltèque, est la première que j’ai vu passé. Des camarades indigènes de l’Équateur se sont rapprochés d’elle pour prendre quelques photos. Elle s’est prêté à l’exercice avec ce bon sourire qui lui est si propre. Puis l’attente a repris. « Evo ! », « Compañero Evo ! », « Evo por aquiiiii !». Brouhaha insolite derrière moi. Le Président de l’État Plurinational de Bolivie, Evo Morales Ayma, venait d’arriver au bas des ascenseurs. D’un coup une marée humaine s’était précipitée sur lui. Fans, militants, journalistes… La scène n’aura duré que le temps de prendre l’ascenseur et pourtant je ne saurais vous dire combien de photos ont été prises. Le Président s’est prêté au jeu avec un sourire fatigué. Pauvre Evo… equateur-8Quelle vie ! Le camarade avec qui je dois passer la journée accompagnée d’une fonctionnaire du Ministère des Affaires Étrangères, Diana Lopez, est ensuite arrivé. Ce n’étais pas un inconnu pour moi, loin de là ! Il s’agissait de José Leonel Búcaro, le co-président de l’Assemblée eurolatinoaméricaine EUROLAT dans laquelle siège Jean-Luc Mélenchon ! José Leonel est membre du FMLN du Salvador. Il est communiste. Son élection aux côté du néocolonialiste José Ignacio Salafranca nous a tous fait plaisir ! Je l’ai accompagné manger un bout avant le départ avec Diana Lopez. Nous discutions tranquillement quand tout à coup il prend un air amusé et me dit : « Ton prince vient d’arriver ! ». Enfer et damnation ! Effectivement, le « Prince des Asturies », le fils de Juan Carlos de Borbón, imposé sur le trône par Francisco Franco lui-même, était là quelques mètres de nous. Quelques minutes plus tôt, je disais à José Leonel à quel point je trouvais honteux que le gouvernement espagnol envoie un énergumène de cette espèce pour la cérémonie d’investiture d’un Président de la République élu. J’ai essayé de prendre quelques photos. Immédiatement un garde du corps est venu me demander de ranger mon appareil. Beurk ! José Leonelet moi nous sommes regardés : « allez, on s’en va, on ne reste pas en si mauvaise compagnie !»

equateur-9Devant l’hôtel les voitures officielles nous attendaient. Nous sommes donc partis en cortège et sous haute surveillance rejoindre l’Assemblée nationale. A notre arrivée sur place je dois avoué que je me suis sentie un peu déstabilisée (rassurez-vous, ça n’a pas duré 😉 ) : autour de nous, les femmes portaient toutes des robes de soirée très très chics et étaient fardées et coiffées comme pour un mariage princier. Moi j’avais mis ma plus belle robe et mon petit manteau noir. J’ai regardé mes bottes en me mordant les lèvres : je ne les cire jamais… J’ai refait ma natte, respiré un grand coup et je me suis souvenue de ce que je venais représenter ici. Aplomb retrouvé;) José Leonel m’a attrapée par le bras et nous sommes partis vers le grand tapis rouge encadrés de la garde d’honneur. Nous nous sommes avancés au son de la musique militaire. J’ai reconnu « Patria Tierra sagrada », la chanson préférée du Président Rafael Correa. Je me suis sentie tout de suite mieux. Nous nous sommes avancés sous les flash et les caméras des journalistes de tout le pays et d’ailleurs. Moment de stress à nouveau pour moi : avant d’entrer dans l’hémicycle, il fallait saluer le drapeau de la République équatorienne, celui-là même qui allait entrer dans la pièce quelques instants plus tard, juste avant l’investiture officielle du Président. Frayeur ridicule vite passée, mais quand on n’est pas habituée…

equateur-10Une fois à l’intérieur de l’hémicycle je me suis sentie tout de suite mieux. Sur le mur, derrière les sièges de la Présidencede l’Assemblée, trône un ensemble d’œuvre de Guayasamín, le plus connu des peintres équatorien. Un ensemble magnifique, plein de sens politique et de symboles historiques dont une reproduction trône aussi chez moi, dans mon salon :) . J’ai pu salué mes camarades ministres déjà là et j’ai retrouvé plusieurs militantes et militants étrangers dont la camarade Piedad Córdoba, plus resplendissante que jamais, et des représentants du PT et du MST brésiliens. Mon camarade Carlos Prieto, président de l’IAEN (Institut des Hautes Études Nationales  était là lui aussi. Nous avons découvert ensemble la présence de José Ignacio Salafranca, l’eurodéputé du PP (équivalent de l’UMP en Espagne) néocolonialiste qui co-préside EUROLAT. Le Président Evo Morales était en train d’arrivé. Je suis donc partie m’asseoir. Puis ce fut au tour de Lenín Moreno, le Vice-Président de l’Équateur sortant, de faire son entrée au son de l’hymne national équatorien  et sous les acclamations. Puis ce fut au tour de Nicolás Maduro d’entrer sous des applaudissements fournis. Enfin, les trompettes ont retenti. Le Président Rafael Correa était en haut du tapis rouge comme nous pouvions le voir sur les grands écrans disposés dans la salle. Il a été reçu par la jeune Présidente de l’Assemblée nationale, Gabriela Rivadeneira. Puis il est entré au son de Patria Tierra Sagrada. Tout le monde a pris place. La cérémonie pouvait commencer. Enfin…Tout le monde : non. Manuel Santos, le président droitier et tortionnaire de Colombie et Sebastián Piñera, le président droitier du Chili était en retard. Il a donc fallu l’attendre quelques instants. Dans l’hémicycle on rageait quand on était de gauche, vous imaginez bien !

equateur-11Cette investiture avait été conçu sur un mode captivant : mélange de symboles politiques, de show musical et de la solennité traditionnelle dont est empreinte ce genre d’événement.  La cérémonie a commencé par l’entrée du drapeau national, la bannière républicaine tricolore mise en place par Eloy Alfaro. Trois soldats l’accompagnaient. Ils resteront là jusqu’à la fin de la cérémonie, drapeau en main. Puis on nous a annoncé l’hymne national de République de l’Équateur qui serait chanté a capela par Paulina Aguirre. Puis Karla Kanora a entonné « Ama la vida », chanson hommage à la beauté de l’Equateur. Voici la vidéo de ce moment musical d’ouverture de la cérémonie :

equateur-12Puis ce fut au tour de Gabriela Rivadeneira, la jeune présidente de l’Assemblée nationale, de prendre la parole. Gabriela a mon âge. Elle était une militante très active de Pachakutik (parti majoritaire au sein de la CONAIE, le mouvement indigène équatorien) dans la province d’Imbabura quand moi-même je travaillais bénévolement dans la même province au sein de la FICI (la fédération d’Imbabura de la CONAIE). Elle est aujourd’hui membre d’Alianza PAIS, le mouvement politique du président.  En la proposant pour le poste de présidente de l’Assemblée nationale, Rafael Correa et Alianza PAIS ont lancé un message révolutionnaire,  à la fois symboliquement et stratégiquement fort. D’abord, ils ont permis de montrer à l’Équateur et au monde qu’on peut être jeune, qu’on peut être femme, qu’on peut être belle, qu’on peut être mère, qu’on peut être tout cela à la fois et être une femme politique de premier plan et assumer les plus hautes fonctions de l’État. J’attends avec impatience qu’en France un mouvement où parti politique soit capable de faire la même démonstration. Car s’il y a une chose que j’ai apprise ces dernières années, tant quan,d j’étudiais la discrimination en Équateur qu’en construisant le Parti de Gauche, le Front de Gauche et le Parti de la Gauche Européenne avec mes camarades, c’est que tant qu’on n’est pas en responsabilité on ne sait pas de quoi on est capable et que quand on croit vraiment en ce qu’on fait on peut soulever des montagnes. C’est l’occasion pour moi d’ailleurs de dire merci à mes camarades. En me donnant leur confiance pour être à la tête de la commission internationale du Parti de Gauche et en m’élisant dès 2009 à la direction du Parti de Gauche puis, dès 2010, à celle du Parti de la Gauche Européenne, ils m’ont permis de trouver en moi des forces que je méconnaissais ! La confiance que permet la camaraderie, la vraie, est un levier formidable pour grandir comme personne et pour faire grandir des projets de société. Au Front de Gauche comme à Alianza PAIS, quels que soient les inévitables bisbilles, nous sommes très majoritairement de franc-he-s et bon-ne-s camarades, je le sais. Et nous sommes capables d’induire des bouleversements aussi important que celui que vient de réaliser l’Assemblée nationale équatorienne en élisant à sa tête, pour la première fois, une toute jeune femme et mère de famille !

equateur-13Gabriela a fait un discours époustouflant, un discours « historique » comme le dira le Président Rafael Correa lui-même juste après en se félicitant que la relève soit là. Elle l’a entièrement basé sur l’Histoire de l’Équateur et sur l’utopie à réaliser en se basant sur l’Utopie de Thomas Moore. Elle a fustigé ceux (notamment la bourgeoisie de la Côte et l’aristocratie des hauts plateaux) qui historiquement considèrent comme un sacrilège de ne pas placer le pouvoir « en haut » mais « en bas », c’est-à-dire entre les mains des travailleurs, « ceux qui produisent les richesses dont jouissaient ces oisifs » dit-elle pour mon plus grand bonheur politique. Elle a dénoncé ceux (les gouvernements libéraux des années 1990 et du début des années 2000) qui « ont expulsé trois millions d’équatorien-ne-s vers l’exil et qui aujourd’hui essaient de revenir au pays ». Les larmes me sont montées aux yeux. J’ai pensé à celui dont j’ai partagé la vie, mon compagnon de bataille, mon frère de cœur, lui qui a du tout quitter pour étudier en France où il vit depuis douze ans déjà. La douleur de sa mère qui l’a poussé à partir pour qu’il ait une vie meilleure. Et le bonheur que nous ressentons ici à le voir revenir pour se battre pour consolider la Révolution Citoyenne. Gabriela était fière d’annoncer qu’en Équateur aujourd’hui, « le fossé entre les plus pauvres et les plus riches diminue même s’il reste beaucoup à faire » a-t-elle souligné tout en rappelant que la situation à laquelle le gouvernement de la Révolution Citoyenne a du faire face en 2006 était « le résultat de 500ans d’impérialisme et d’un quart de siècle de néolibéralisme ». Le « Prince des Asturies » et le Président Manuel Santos sont devenus raides comme piquets. De leur côté, Evo Morales et Nicolás Maduro applaudissaient à tout rompre. Contratse saisissant vu de mon siège. Gabriela a aussi fait dans son discours une déclaration qui m’a particulièrement marquée. Elle a dit : « Ce dont nous rêvions de faire, nous sommes en train de le réaliser en ce moment et cela nous fait rêver en des choses encore plus grandes ». Et c’est vrai. Et sans doute est-ce ça une vraie révolution. Une dynamique qui s’enclenche et qui ouvre des voies nouvelles à l’imagination, à la créativité humaine dans tous les domaines. Imaginer une nouvelle économie où les biens les plus nécessaires à l’espèce humaine sont les mieux protégés et où cette meilleure protection est valorisée dans tous les sens du terme. C’est un peu l’idée de Yasuní ITT. C’est aussi l’idée de l’investissement dans la production de savoir et d’un de ces projets phares : Yachay, la Cité de la Connaissance. Utopiste revendiquée, Gabriela a rappelé que « l’État du bonheur est notre but » et qu’« il reste encore beaucoup à faire »« Tant qu’il restera un seul enfant dans la misère exclu de l’éducation, une seule famille sans emploi, une seule forêt en danger, la guerre ne sera pas gagnée » a-t-elle martelé en jurant de « ne jamais croire que parce qu’on a gagné une bataille on a gagné la guerre ». Elle a conclu par ces mots : « Tant que l’utopie existera, nous, les utopistes, nous continuerons de nous battre pour elle. Et cette utopie, aujourd’hui, elle s’appelle Révolution Citoyenne », une conclusion saluée par un tonnerre d’applaudissements.

equateur-14Le discours de Gabriela a immédiatement été suivi par l’arrivée d’une vingtaine d’enfants vêtus de blanc. Ils ont entonnés « Qué será la Patria ? », une chanson écrite notamment par Galo Mora, le secrétaire général d’Alianza PAIS. Pendant qu’ils chantaient, une petite fille handicapée par le syndrome de Down avançait vers la présidence de l’Assemblée avec dans ces mains l’écharpe présidentielle que Gabriela devrait passer au Président Rafael Correa quelques minutes après. La petite fille est passée devant tous les représentants de gouvernements présents avant de rejoindre le Président Rafael Correa, ému aux larmes, qui l’a serrée dans ces bras. Un moment magnifique et tout un symbole une fois de plus puisqu’aujourd’hui en Équateur, grâce au travail immense du vice-président sortant Lenín Moreno, lui-même handicapé suite à une agression et se déplaçant en fauteuil roulant, la plupart des personnes handicapées ont un travail stable. C’est de la main de cette petite fille que Gabriela Rivadeneira prendra l’écharpe présidentielle après que le Président Rafael Correa a juré que son pouvoir résiderait entièrement et exclusivement dans la Constitution comme c’est écrit sur cette écharpe tricolore brodée d’or (« Mi poder en la Constitución »). C’est avec émotion moi-même que je vous invite à regarder la vidéo de ce moment d’une émotion et d’une intensité exceptionnelle :

https://www.youtube.com/watch?v=vkAPB1iSZds

equateur-15Le Président Rafael Correa s’est alors rendu au grand pupitre de bois de l’Assemblée nationale pour son discours d’investiture. « Extraordinaire discours historique de Gabriela » a-t-il soufflé dans le micro. « C’est ma troisième investiture et je suis plus stressé que jamais » a-t-il poursuivi en riant. Avant de saluer l’ensemble des présents et de se lancer dans une magnifique description de l’Équateur et, notamment, du parc Yasuní, dont il a reparlé par la suite en ré-expliquant le mécanisme du fonds fiduciaire compensant la non exploitation du pétrole du parc, signe qu’il ne baisse pas les bras sur le sujet.  Lui aussi a fait un rappel historique, du 24 Mai 1822 (Bataille de Pichincha), en passant par Manuelita Saenz (la compagne de Simón Bolívar, équatorienne, héroïne romantique et politique) et par le regretté Jaime Roldós et son épouse Marta dont la mort mystérieuse ouvrit la voie en Équateur, à l’instar des autres États latino-américains ayant eu un progressiste au pouvoir à l’époque, à la dictature. Rafael Correa a rappelé avec fierté que l’Équateur est, selon l’ONU, l’un des quatre États à avoir le plus fait avancé les situation des droits de l’Homme au monde, l’un des trois États à avoir le plus fait reculer la pauvreté ces dernières années (l’extrême pauvreté est passée de 17,9% à 11% en cinq ans) et le pays d’Amérique latine qui a le plus réduit les inégalités sociales et qui a mis sur les bancs des universités le plus de jeunes pauvres grâce aux bourses étatiques. Fervent catholique et héritier de la théologie de la libération, le Président a dénoncé « le paradoxe qu’il y a en Amérique latine : être la région du monde la chrétienne et celle où il y a le plus d’inégalités ». Il a aussi rappelé que l’Équateur a actuellement la dette extérieure la plus basse d’Amérique latine : 12,5%. Et d’expliquer le pourquoi du comment : « C’est simple, nous en avons fini avec cette hérésie qu’était l’indépendance de la Banque centrale. Maintenant la Banque centrale sert le peuple équatorien » avant de ré expliquer la renégociation des contrats pétroliers (auparavant 80% des bénéfices allaient aux multinationales et 20% seulement à l’État, aujourd’hui c’est exactement l’inverse) et l’importance de la lutte contre la fraude et l ‘évasion fiscale : « les évadés fiscaux savent que nous les poursuivrons jusqu’au bout ». Puissent les marchands d’austérité européens en prendre de la graine… Rafael Correa a ensuite expliqué : « Aujourd’hui, nous travaillons à solder la dette la plus importante qui soit : la dette sociale. Nous avons multiplié par six l’investissement dans l’éducation, par trois l’investissement dans la santé » et d’insister : « Aujourd’hui ce n’est plus le capital financier, l’oligarchie qui commande dans ce pays. Maintenant la patrie est à toutes et à tous et surtout aux plus plus pauvres. Le changement du rapport de forces dans la société, voilà quel est le but de la Révolution Citoyenne, et ça c’est un processus politique ». Manuel Santos s’est agrippé la tête. Le Prince des Asturies s’est raidi encore un peu plus. Pendant ce temps, l’immense majorité de l’assistance applaudit à tout rompre, à commencer par Nicolás Maduro, Amado Boudou (vice président de l’Argentine) et Evo Morales, hilares. Rafael Correa a ensuite rappelé que la particratie et leurs médias, qui régnaient en maîtres avant la Révolution Citoyenne, clamaient partout que le pays était ingouvernable. Avec pas moins de sept présidents en l’espace de dix ans, il faut avouer que l’Équateur n’apparaissait pas comme un exemple de stabilité. « Mais ce n’était pas que nous étions ingouvernables, c’était que nous avions de mauvais gouvernants » s’est-il exclamé. Et d’en donner pour preuve le fait que « la Révolution Citoyenne a remporté neufs processus électoraux dont deux au premier tour et trois consultations populaires qui sont la marque même de la démocratie ».

equateur-16Le Président est aussi revenu sur la presse latino-américaine. « En Amérique latine, mise à part les quelques vertueuses exceptions connues, la presse est très mauvaise. Elle viole sans cesse son obligation d’objectivité » a-t-il asséné avec l’approbation marquée de la majorité de l’assemblée. « Quelle légitimité peut bien avoir un ‘contre-pouvoir- dont le pouvoir même vient des pouvoirs financiers qu’il représente de fait ? ». Et de se moquer (à raison) : « si la presse diffame, c’est de la liberté d’expression, si le gouvernement répond, c’est un attentat à la liberté d’expression ». Il en a donc conclu qu’ « il faut un contrôle social des médias pour qu’ils fassent leur devoir », conclusion très applaudie (sauf, devinez qui… 😉 ). Puis le Président a lancé un appel vibrant à l’union latino-américaine : « Nous devons protéger nos peuples du néocolonialisme » a-t-il asséner avant d’insister : « Ensemble, en Amérique latine, nous devons imposer nos conditions aux investisseurs étrangers, nous devons faire avancer la Banque du Sud, nous devons harmoniser nos politiques salariales pour qu’il n’y ait plus jamais de concurrence entre nous ! ». A cette occasion, Rafael Correa a salué la mémoire de Nestor Kirchner, « qui a mis sur pied l’UNASUR », et celle d’Hugo Chávez Frías « qui a ouvert la voie au changement régional ». A leur propos il a déclaré avec solennité : « Ils peuvent être partis physiquement mais il y des millions de Kirchner, des millions de Chávez qui luttent sans relâxche pour un monde plus juste et plus libre ». Les « viva ! » fusent dans la salle :)

equateur-17Rafael Correa a ensuite passé pour quelques instants la parole à son Vice-Président, Jorge Glas, qui sera notamment en charge du changement de matrice productive. Jorge Glas a donc surtout insisté sur les investissements à venir dans les énergies renouvelables que, d’ici 2016, 96% de l’électricité produite sera de l’hydroélectricité locale, sur la nécessité de développer la pétrochimie et l’industrie locale et sur l’importance de l’économie de la connaissance. « Le meilleur est à venir en Équateur ! » a-t-il asséné avant de repasser la parole au président. Son retour à sa place a donné lieu à un moment attendrissant : assis face au pupitre, les deux jeunes garçons du Vice-Président ont demandé au Président Rafael Correa qui y revenait s’ils pouvaient aller rejoindre leur père. Attendri, le Président leur a donné la permission au micro, annonçant au passage que c’était l’anniversaire (11 ans) de l’aîné des deux et que les enfants des membres du gouvernement étaient victimes d’abandon parental 😉 . Revenant sur l’importance de la nature, le Président a rappelé ce qu’il n’a eu de cesse de martelé depuis plusieurs années face à « l’infantilisme écologiste » de certains : « L’être humain n’est pas la seule chose importante mais c’est ce qu’il y a de plus important dans la Pachamama ». Je profite de cette allusion à la « Pachamama » pour demander à celles et ceux qui auront eu le courage de lire ce texte déjà trop long, de bien vouloir ne pas céder au christiano-centrisme dont certains sont victimes jusqu’en Equateur. La Pachamama n’est pas la « terre mère », sorte de transposition du judéo-christianisme sur une croyance et un concept andin. La Pacha n’a rien à voir avec la terre qui d’ailleurs se dit « llacta ». La Pacha, c’est l’espace-temps, concept autrement plus élaboré que la mauvaise traduction « terre mère » ne le laisse penser. Quand à « mama » c’est le contenant fécond et le moyen d’une forme (il est vrai) de personnification, déification. Je ferme la parenthèse mais je ne pouvais pas rater l’occasion de rétablir la vérité tant j’entends de remarque sottement méprisante sur le concept de Pachamama.

equateur-18Rafael Correa a terminé son discours en appelant tout le monde au travail. « Il nous faut être plus efficaces que jamais, de façon collective, pour mener à bien les grands combats nationaux : vaincre la pauvreté, mettre en place une démocratie réelle et avancer vers le bien-vivre ». Citant Eloy Alfaro, il a insisté : «le danger est dans le retard ». «Nous ne pouvons pas faiblir. Il n’y a pas de temps à perdre» en a-t-il conclu. Puis, il a tenu à mettre tout le monde en garde : « Nous, les gouvernements progressistes, nous devons combattre des attaques virulentes, le camarade Nicolás Maduro (il s’est tourné vers lui) ne le sait que trop bien ». C’est pourquoi il a appelé à l’unité de la gauche : « la plus grande faveur que nous puissions faire à l’opposition, c’est de nous diviser sur le peu qui nous sépare au lieu de nous concentrer sur tout ce qui nous uni. » Quand à l’opposition, Rafael Correa a été très clair : « Bienvenue à l’opposition démocratique. Dans le dialogue tout est possible. Par la force, rien. » Ses derniers mots seront pour les remerciements. Et les premiers qu’il a voulu remercier, ce sont les migrants. « C’est vous, les émigrés de la pauvreté, vous qui nous avez maintenus en vie par votre sacrifice, par vos envois d’argent. Revenez chers frères, la patrie n’est plus celle du capital financier, des oligarchies. L’Équateur, votre pays, vous attend avec les bras grands ouverts ». Une fois de plus je n’ai pas pu retenir mes larmes. J’ai levé le poing comme pour leur donner plus de sens. J’ai remarqué que je n’étais pas la seule : mes camarades député-e-s des circonscriptions des équatoriens de l’étranger (la « cinquième région » comme dirait mon ami Jacques Ramirez Gallegos) avaient spontanément fait de même.  Puis il a remercié les militant-e-s d’Alianza PAIS : « sans votre joie et votre dévotion constante, rien ne serait possible » leur -t-il dit. Il a aussi remercié son équipe personnelle et son cabinet  « pour votre dévouement quotidien, et Dieu sait s’il y a du dévouement, et Dieu sait s’il y a du travail ! ». Il a ensuite remercié Lenín Moreno et sa famille, nommant chacune et chacun par son nom. Même chose pour Jorge Glas et sa famille. Il a remercié sa femme, en larmes, pour sa tolérance et son appui inconditionnel « sans toi rien n’est possible ». Il a aussi remercié ses enfants. Il a enfin remercié toutes celles et tous ceux qui sont sortis dans les rues défendre la démocratie le 30 Septembre 2010 et a nommé chacune des personnes qui ont perdus la vie dans ce combat. « Je ne pourrai jamais les oublié » a-t-il dit les larmes aux yeux. Puis, revenant sur le long combat pour l’indépendance réelle du peuple équatorien, depuis le 24 Mai 1822 en passant par Eloy Alfaro, il a conclu en disant : «Le réveil c’est aujourd’hui. Le nouvel Équateur. Nous avons maintenant un Équateur bien meilleur que celui qu’on nous a légué mais il est est encore loin de ce dont nous avions rêvé. Mais nous avons  gagné le plus important des combats : nous avons vaincu le désespoir. »

equateur-19Il a ensuite fallu sortir de l’Assemblée nationale ce qui n’a pas été chose simple. Malgré les appels ordonnés (d’abord les autorités de la cérémonies, puis les chefs d’État, puis les ministres, puis les délégations internationales, puis les député-e-s) tout le monde voulant saluer tout le monde nous nous sommes retrouvés tous en cohues, ministres, députés, invités. Une joyeuse pagaille ! Nous nous sommes ensuite rendu au Palais national du gouvernement, le Palais de Carondelet (du nom d’un baron qui l’aurait fait construire) sur la Place de l’Indépendance, pour y déjeuner .Le soir vers 18H commençait la cérémonie populaire d’investiture dans l’ancien aéroport de Quito, au Nord de la ville, que le gouvernement veut remplacer par un parc. La soirée populaire était magique. Des artistes de tout le pays, de toutes les cultures, étaient venus chanter les plus belles chansons équatoriennes accompagnés pour l’occasion par trois orchestres fusionnés en un seul soit 250 musiciens réunis sur scène en permanence. Sur les écrans, les citations historiques et politiques (de Simón Bolívar à Fidel Castro en passant par Pablo Neruda, Rafael Correa, Victor Jara, Bertolt Brecht et combien d’autres) equateur-20alternaient avec des images de la scène, du drapeau équatorien et des paysages et images historiques du pays. Par moments, au sein de la foule, des scènes amovibles permettaient à politiques et acteurs, chanteurs et danseurs d’opérer au milieu des feux d’artifices. Un spectacle incroyable auquel j’ai eu un plaisir immense à participer aux côtés d’Eduardo Paredes, assesseur de Ricardo Patiño, le Ministre des Affaires Étrangères, et mon ami Franck Pupunat qui s’est d’ailleurs amusé à me prendre en photo pendant le discours de Rafael Correa. Un meeting-spectacle incroyable d’intensité, d’énergie. Un moment qui nous a rempli d’allégresse et qui nous a toutes et tous galvanisé-e-s pour tous les combats à venir.

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