En direct de Madrid pour la mobilisation européenne contre l’austérité

Dernière mise à jour 15/11 à 13h

Je suis à Madrid depuis hier soir. Ici la grève a commencé à 20H. Selon les syndicats, 80% des employés la suivent dans le pays avec un pic à 90% dans les transports. Deux des plus grosses usines du pays sont paralysées: Volkswagen à Pamplona et Seat à  Barcelone. Dans la nuit, des heurts ont eu lieu entre la police et les grévistes dans plusieurs endroits du pays. On déplore déjà une quinzaine de blessés.

Au Congrès, pendant que le peuple manifeste sa colère, le débat budgétaire bat son plein. Le budget 2013 , le plus dur depuis la mort de Franco, doit en effet être voté aujourd’hui même. Si les députés du PSOE (équivalent PS) ont annoncé soutenir la grève, seuls les députés d’Izquierda Unida (équivalent Front de Gauche) descendront dans la rue avec les manifestants. Ils seront de retour pour le vote mais de toute façon l’issue de celui-ci ne fait aucun doute: le PP (équivalent UMP) a la majorité absolue au Congrès.

Avec François, mon camarade et hôte, on part faire une petite ronde.

Dans la voiture, François m’explique que ses collègues ont souvent des conjoints dans le privé. Ceux-ci font l’objet de menaces très explicites et n’osent pas toujours faire grève. Ici une personne sur 4 est au chômage et les licenciements sont devenus très faciles: il suffit à une entreprise de déclarer qu’elle pourrait perdre des bénéfices pour pouvoir licencier. François me rappelle aussi qu’entre la hausse de la TVA et la baisse des salaires, les gens ont du mal à faire encore l’effort de perdre une journée de salaire.

 

Il m’annonce aussi une bonne nouvelle: au lycée français où François travaille, une dizaine de professeurs en contrats français ont décidé de faire grève en solidarité avec les collègues en contrats espagnols. Un beau symbole!
On arrive devant l’hôpital de la Princesa qu’ils sont en train de privatiser. A l’intérieur, une jeune femme nous explique qu’on est en train de privatiser six autres hôpitaux publics de la Communauté madrilène. L’hôpital de la Princesa recevait environ 500 000 patients par an. Les laboratoires de recherche etc étaient tous neufs. L’hôpital n’était pas déficitaire malgré les coupes budgétaires et l’ouverture de nouveaux services! Les soins les moins chers seront privatisés. Pas les plus chers qui resteront du domaine du secteur public. Sa privatisation est en fait un vrai cadeau au secteur privé.

 

Antonio, qui travaille en hématologie, nous fait monter au 3ème étage. Ils y ont coller un tableau montrant que les hôpitaux privés coûtent beaucoup plus chers que les hôpitaux privés pour un service identique, voire moindre. Une dame nous emmène vers une salle où personnels et patients préparent des bannières pour mettre sur le fronton de l’hôpital. Ici on manifeste sur le lieu de travail de 11H à 18H tous les jours! Cet hôpital a été l’un des plus grands hôpitaux de Madrid.

 

Une infirmière qui a fait toute sa carrière ici depuis ses 16 ans veut absolument nous raconter l’histoire de cet hôpital. Le premier de Madrid. Sous la dictature l’hôpital était un vrai mouroir, nous raconte-t-elle. Elle nous raconte année après année les évolutions de l’hôpital, ses personnages clés. Sa voix tremble. Elle a les larmes aux yeux à chaque souvenir. François et moi sommes pressés… Mais comment ne pas écouter cette femme qui voit l’hôpital qu’elle a vu évoluer vers un rêve de médecine pour tous être bradé au non d’une idéologie barbare?

 

On sort. Escortés par les CRS, les gens arrivent en masse et de partout aux cris de «  »Sanidad Publica » » pour défendre cet hôpital symbole de la santé publique. Les caceroladas résonnent dans la rue. On s’éloigne à regrets mais il faut partir. «  »Sanidad Publica! Sanidad Publica! » » Les cris résonnent. Les sifflets et caceroladas aussi. La rue est maintenant bloquée. Les gens arrivent de partout. Applaudissent les groupes qui arrivent.  Et c’est comme ça partout depuis hier soir 20H. Devant les lycées publics, les entreprises publiques, les grosses entreprises en tous genre.

 

Les piquets de grève vont durer jusqu’à l’heure normale de sortie du travail (18H). Après on se rejoint tous pour la manifestation direction le lieu de toutes les luttes et de toutes nos victoires: la Puerta del Sol!

Hors de question d’inciter qui que ce soit à travailler. Les « indignés » se réunissent un peu partout sur les places pour déjeuner ce midi. Au menu: sandwichs et gourdes d’eau. François et moi on retrouve Thomas, un camarade du Front de Gauche Madrid, sur la place Santa Ana. Par chance, Thomas a un sandwich fromage huile d’olive ! Ouf! Pas besoin de « trahir la consigne ».

Thomas fait partie du mouvement dit « des indignés ». Il me parle du mouvement et me passe le texte adopté par consensus par la dernière assemblée général. L’appel dénonce les coupes budgétaires, insiste sur le fait que les femmes sont les premières victimes de la précarisation mise en place et appelle à la « grève générale et grève de a consommation ». Thomas m’explique que des « indignés » font des rondes dans les boutiques pour expliquer l’importance de faire grève aujourd’hui et distribuer l’appel. Thomas s’interrompt. Au-dessus de nos tête un hélicoptère tourne sans arrêt. « Ça te rappelle des souvenirs non? » me dit Thomas qui sait que j’étais à Puerta del Sol en Mai 2011.« C’est comme ça depuis hier soir » me dit-il.

Une italienne arrive. Elle aussi est venue soutenir. Elle s’appelle Maria Francesca. Elle nous annonce qu’il y a eu beaucoup de blessés cette nuit notamment à Valencia. Un garçon d’une dizaine d’année a été touché à la tête par les forces de polices. A Rome, les forces de police sont en train de charger les manifestants., nous annonce-t-elle Je lui demande combien de manifestants il y a à Rome. « Ils sont nombreux mais je ne sais pas combien » me dit-elle.

Le numéro des avocats de service passe de main en main. Je retrouve mes habitudes d’il y a un an et demi. On doit toutes et tous écrire le numéro de téléphone de l’avocat  et son nom sur notre bras. Si on nous arrête on sait qui faire appeler. Dimitri, un camarade, nous a rejoints. La discussion tourne maintenant autour du cortège à rejoindre.
Va-t-on avec les grands syndicats (CCOO proche d’Izquierda Unida et UGT proche du PSOE qui a appelé à la grève du bout des lèvres), accusés d’être « flojos » (faibles) face aux patrons et aux gouvernements. Ou va-t-on avec le cortège dit « des mouvements sociaux » où seront la CNT etc.

Avec les camarades du Front de Gauche on a déjà fait notre choix: on sera avec nos camarades d’Izquierda Unida dans le cortège « officiel », même si nous sommes conscients des critiques qu’on peut faire aux syndicats. Notre but est le même. Que chacun aille dans le cortège qui lui semble le plus à son goût. Nous sommes nombreux malgré tout à déplorer qu’il y ait deux cortèges. Mais tant pis. Au bout du bout on sera ensemble: c’est tout ce qui compte!

On compte les détenus. On en était à 82 à 13H. Les leaders syndicaux ont dénoncé publiquement le fait que le gouvernement de Rajoy conçoit la manifestation comme un « trouble à l’ordre public » et pas comme un « droit constitutionnel ». En Espagne, constitutionnellement, toute manifestation est censée être permise pour peu qu’elle soit annoncée.

L’heure de la sieste est sacrée en Espagne. Rien n’est prévu entre 16H et 17H. On part donc prendre un café chez Thomas histoire de ne pas rompre la discipline de la grève générale. Les rues sont mortes. Magasins, cafés, tous sont fermés à de rares exceptions près (généralement les cafés et boutiques touristiques).

17H il est tant de partir. Un dernier regard sur internet. Les policiers ont chargé à Cibeles. A Vigo, les rues sont remplies. On annonce plus de 150 000 personnes dans les rues… Dur de lâcher les infos mais il faut partir. Nous sommes attendus au Paseo del Prado par le reste du Front de Gauche Madrid. François nous a devancé. Thomas est parti chercher du monde place Santa Ana. Avec Dimitri on dévale à grandes enjambées la calle de las Huertas, la rue des bars par excellence. Incroyable mais vrai: 90% des bars sont fermés! Et dans cette rue emblématique des nuits madrilènes, la grève s’affiche partout sur les murs (graffitis) et les vitrines (pegatines).

On arrive au Paseo. Partout la foule se déplace avec drapeaux rouges (CCOO et UGT), drapeau de la République (et oui et pancartes. On retrouve les camarades du Front de Gauche. François, Jean-Baptiste, Simon, Leo, Johanna, Nicole, Thomas, Stéphanie, Antoine… Et il y en a d’autres qui arrivent! :) Nous avons tous une pensée émue pour notre camarade Juliette Estivill qui a été candidate ici en Mai et Juin et pour son suppléant Bruno Fialho et son directeur de campagne Alain Guillo. Ils n’ont pas pu venir mais ils sont présents en pensée avec nous :)

 

On rejoint la gare d’Atocha. Il y a du monde partout. Impossible de dire combien on est! Les bannières contre les expulsions locatives sont en tête du cortège. « Arriba, riba, riba, todos a luchar que se metan por el culo la reforma laboral! » (« Debout, debout, à la lutte tout le monde, qu’ils se mettent leur réforme du marché du travail dans le c…! ») chante tout le monde. La place est noire de monde!

Maxime, du Front de Gauche Madrid et du Parti Communiste Espagnol nous rejoint. On va pouvoir rejoindre les camarades d’Izquierda Unida. Les camarades sont loin. On cherche un moyen d’arriver jusqu’à eux.
Mais c’est dur: il y a tellement de monde ! Une vraie marée humaine en cris et chansons… J’en ai le tournis !  Les airs de mon enfance résonnent avec des paroles adaptées à l’occasion (« no nos corten las pensiones tralalala, no nos corten las pensiones tralalal » sur l’air de « vamos a contar mentiras« ), les chants de la révolution de Puerta del Sol (« lo llaman democracia y no lo es »), et ses sifflets et ses klaxons assourdissants qui résonnent sans cesse!



Il y a de  tout ici. Des très jeunes, des très vieux, des français (qui nous rejoignent), des médias (en nombre). BFM est là, mais ils n’ont pas voulu de nous sur leurs images « ça ne fait pas assez local« …. Bref! Tout à coup les mains se tendent « que no, que no, que no nos representan! Fuera el PP! Dimision! » (« ils ne nous représentent pas! Dehors le PP! Démission! ») scandent  les manifestants. « A la huelga cien, a la huelga mil, a la huelga madre yo voy tambié,, yo por ellos madre y ellos por mi » (« à la grève cents, à la grève mille, à la grève ma mère je vais aussi, eux pour moi et moi pour eux ») la vieille chanson des premières grèves espagnoles résonne sur le paseo. Je pense à ma famille…

 

« Cueste lo que cueste ! De Este a Oeste, de Norte a Sur, la lucha sigue! » (« Quoi qu’il en coûte, de l’est à l’ouest, du nord au sud, la lutte continue! »), « Se nota, se siente, el pueblo esta presente!« (« ca se voit, ca se sent, le peuple est présent »), « El pueblo unido jamas sera vencido!« . Les slogans traditionnels se succèdent sur l’air de « Hstas la Victoria siempre ». Un tableau de Goya redessiné montre le capitalisme mangeant la santé publique. C’est toute une histoire qui est dans la rue!

 

19H15 Impossible de savoir combien on est mais une chose est sûre: nous sommes très TRES nombreux. Tant et tant qu’on n’arrive pas à se retrouver! Classique… On s’est arrêtés un instant à Cibeles. Les copains d’Izquierda Unida nous appellent. Ils sont sur la place Colon. On va essayer d’y arriver!

Entre nous, on se marre. Le gouvernement fait des annonces sur la grève basée sur la consommation d’électricité. Ils disent que la grève est moins suivie qu’en Mai dernier parce qu’il y a plus d’électricité consommée. « Ils nous prennent vraiment pour des cons » rit Jean-Baptiste « on est en Novembre, on a tous mis le chauffage, évidemment qu’on consomme plus! » Effectivement…

Plusieurs pancartes appellent à la démission du ministre de l’éducation. Je n’ai pas résisté à l’envie d’en prendre une en photo. Wert est en train de remettre en place le système d’education qui existait sous la dictature.

Un camarade du réseau jeune du Parti de Gauche, Léonard, nous a retrouvé sur le chemin. Il est en Erasmus ici. Il me connaît. Il nous a donc rejoint sans hésiter. Lui aussi se demande combien on est. Il connaît peu l’Espagne. François prend ses coordonnées immédiatement.

On arrive sur la place Colon les discours des leaders syndicaux a commencé. Ils sont nombreux à parler. Toutes les rues alentours sont blindées de monde. Nous sommes des centaines et des centaines de milliers. Au micro, un leader syndical appelle à un référendum sur les réformes en cours « et si Rajoy perd, il devra démissionner« .



Le leader de CCOO prend la parole. Il présente un à un les représentant-e-s présent-e-s sur scène et remercie les grévistes et les manifestant-e-s. Nous sommes 1 million annonce-t-il! Pareil à Barcelone! Il salue aussi les manifestant-e-s de la place Syntagma à Athènes et les manifestant-e-s de Rome qui ont été brutalement chargés par la police. « Notre patrie n’est pas une bannière, notre patrie ce sont les rues dans lesquelles marchent les travailleurs« . Il parle d’Angela Merkel. Ouuuuuuh! Elle est longuement sifflée et copieusement insultée. Il appelle à défendre les travailleurs portugais qui ont manifesté si nombreux aujourd’hui. « Ou ils changent de politiques, ou nous change les hommes et les femmes politiques« .



Il est 20H15. C’est au tour du leader d’UGT (proche du PSOE). Le meeting de Lyon doit m’appeler dans quelques minutes. Je file. J’observe avec amusement que je ne suis pas la seule à rebrousser chemin pendant qu’il parle… Tout le monde sait ici qu’UGT et le PSOE ne soutiennent le mouvement que par obligation électorale. Et ça se voit. Je m’éloigne avec Dimitri vers un endroit où les téléphones captent. Nous marchons au rythme des tambours et du slogan « esta crisis no la pagamos » (« nous ne paierons pas cette crise »). Sur mon passage je croise un militant avec une pancarte « no nos callaran! » (« Ils ne nous feront pas taire »). Je ne voyais pas de meilleur slogan pour finir cette note.

La commission europe du Parti de Gauche a été très active ce en cette journée européenne du #14N.
Voici quelques récits de mes camarades postés depuis les quatre coins de l’Europe.

Journée de mobilisation européenne depuis Rome

Guillaume Mariel

Il y a eu une très bonne participation ici en Italie à la grève générale du 14 Novembre malgré la faiblesse (voire l’inexistence pour la CISL et la UIL) des appels à la grève des organisations syndicales.

La CGIL a organisé ses petits cortèges dispatchés un peu partout dans les « préfectures » mais a obtenu un peu de participation. La grève étant de 4 heures (le matin) le gros des cortèges et des places s’est dissout avant 13h00. A noter que Susanna Camusso (secrétaire nationale CGIL) a tenu un discours presque de gauche en cette journée.

La FIOM, de son côté, a organisé son cortège à Pomigliano (usine FIAT ou 154 inscrit FIOM n’ont toujours pas été réintégrés sur le poste de travail alors que la justice s’est plusieurs fois exprimée en leur faveur), Maurizio Landini et Paolo Ferrero (Partito della Rifondazione Comunista) étaient présents. Bonne participation et revendications en ligne avec la plateforme de la CES.

Les vraies manifs, la vraie colère, les vraies charges de la police étaient du côté des quelques 300 000 étudiants et lycéens qui sont descendus dans la rue en dehors du cadre asphixiant des syndicats confédéraux (mais avec les syndicats de base, USB et COBAS) avec leurs enseignants, précaires ou non. 40 000 à Rome, 50 000 à Milan et 40 000 à Naples (juste pour mesurer la distance à Pomigliano les organisateurs revendiquent la participation de 7 000 personnes…) et 20 000 à Turin auto organisés et très remontés contre les politiques d’austérité qu’applique le gouvernement Monti (et qu’appliquera n’importe quel autre gouvernement qui sera élu lors des prochaines élections).

Quant aux violences qui se sont répétées partout dans le pays (Turin, Padoue, Milan et surtout Rome) elles sont le résultat d’un cocktail dramatique fait de destruction de l’avenir, d’absence d’organisation politique légitime et crédible pour exprimer démocratiquement les justes revendication et surtout le choix manifeste de criminaliser le conflit social de la part du gouvernement. Déjà en Octobre, lors des premières manifestations étudiantes la violence policière avait été employée pour tenter de briser le mouvement, contraignant les étudiants et lycéens à poursuivre leurs actions de l’intérieur de leurs établissements (un grand nombre d’occupation de fac et lycées ont lieu en ce moment un peu partout).

Pour en ajouter un peu sur le côté pathétique des syndicats et partis politique de centre gauche italien (PD PSI et SEL) après le matraquage systématique des étudiants, la CGIL a protestée contre les violents qui délégitiment les manifestations se maintenant équidistante de la police et des manifestants, le Parti Démocrate dans la même ligne condamne « toutes les violences ». SEL (Sinistra Ecologia e Liberta, scission social-démocrate de Rifondazione Comunista proche du PD) a tout de même demandé « officiellement que les matraqueurs soient reconnaissables au travers un numero d’identification visible sur les uniformes ». Quant au le Parti Socialiste Italien, il n’a rien à dire et ne dit rien, consternant. Seuls nos camarades de Rifondazione ont ouvertement lié la violence de la répression policière à un acte voulu et recherché de la part du gouvernement.

 

Journée de mobilisation européenne depuis Francfort

Pierre Arthuis

 

Pour un petit problème de train, je suis arrivé avec 45 minutes de  retard au rassemblement annoncé à 10h devant le siège de la DGB. Du  coup tout était déjà fini, et les derniers militants étaient sur le retour. Le siège de la DGB avait été décoré  des drapeaux des autres pays en grève (voir photos à la fin).

Le second rassemblement avait lieu devant le Consulat général de Grèce à 14h.
Des membres de Die Linke et du Deutsche Kommunistiche Partei étaient là  avec quelques syndicalistes et des membres du mouvement Occupy.

 

Je sors mon drapeau du FdG, et me fait apostropher par Thomas, un autre  français.

Traducteur, il revient de Florence 10+10 où il avait offert  ses services. On discute pas mal, et il se dit assez enthousiaste.  D’après lui, les mouvements sociaux européens semblent sortis de dérives  un peu nationalistes pour aboutir à une véritable organisation européenne des luttes.

Un journaliste de hr1, la radio de la Hesse, en profite pour prendre  quelques photos et poser des questions. Je bafouille dans un allemand encore approximatif que le FdG soutient la grève, et que nous participons également aux manifs en France.

Ensuite je poursuis la discussion avec un camarade de Die Linke, assez content de pouvoir échanger avec un français, et un non-encarté. Au cœur du débat : le rôle d’éducation populaire des mouvements politiques, les objectifs qui doivent être ceux de la gauche radicale.

Après une pause-café pour se réchauffer, retour vers le Consulat à 18h pour le début de la manifestation. Nous avons été rejoints par des  membres du MLPD (marxiste-léniniste), de ISL (parti-frère du NPA et de la GA), de la FAU (anarcho-syndicalistes), par les organisations de  jeunesses des différents partis, ainsi que par pas mal de syndicalistes. On aperçoit également deux drapeaux de Izquierda Unida. Nous sommes à vue de nez entre 200 et 300 à partir. La manif avance dans une ambiance  bonne enfant. Les travailleurs en lutte de Marendo sont là avec un porte-voix (ils rendront d’ailleurs visite à leur ancien employeur en  chemin). A part eux, ce sont les anars et les jeunes de Die Linke qu’on entend le plus. Des slogans assez simples et efficaces : « Hoch die  internationale Solidarität », « Anti-Anti-Anti-Kapitalismus » ou encore Staat, Nation, Kapital : Scheiße ».

Un membre de ISL vient discuter avec Thomas et moi-même. Il nous invite à participer à une soirée sur la politique française qu’il organise en décembre, avec la participation d’une camarade du NPA Strasbourg. Nous arrivons tranquillement devant la BCE, après avoir été rejoints en route notamment par les syndicalistes d’IG Metall.

Première prise de parole des organisateurs, pour annoncer que nous sommes trois fois plus qu’espéré initialement, soit entre 600 et 700. Puis les travailleurs de Marendo interviennent, évoquant la similarité entre leur sort et celui des travailleurs grecs, espagnols ou portugais.
Puis prise de parole de Janine Wissler, chef de la fraction Die Linke au parlement régional. Très bonne intervention, qui souligne que ce sont des intérêts de classe qui sont en jeu, les mêmes chez tous les travailleurs européens, et non des intérêts nationaux comme on voudrait le faire croire. Elle rappelle que notre rôle est également de lutter contre le sort réservé aux migrants par l’UE (il y a eu des manifestations à ce sujet à Berlin récemment) et aux étrangers (référence entre autre à la montée d’Aube dorée en Grèce ?).

Pour terminer, un membre d’Occupy évoque les mobilisations à venir autour de la European Finance Week, et notamment la manifestation qui s’invitera aux fenêtres du dîner de clôture du 23 novembre. Nous constatons avec Thomas que contrairement à ce qui avait été demandé, certains ont pris un malin plaisir à ne pas dégager les voies de tram. Les carrefours alentours sont donc partiellement bloqués. On se sépare en chanson, avec une guitariste-chanteuse d’Occupy. Le camarde de Die Linke me demande de vous saluer (ce qui est donc fait), et chacun rentre chez soi.

 

14N : Grève générale à Barcelone.

Les syndicats font le plein et une délégation du PG manifeste sa solidarité avec les travailleurs catalans

Cette “grêve genérale” du 14N devait commencer très tôt le matin avec des piquets de grève plantés un peu partout dans la ville, …organisés pour ralentir le trafic routier ici où là . Déjà, la veille au soir, les transports publics tournaient au ralenti, le grand marché des halles (Mercabarna) qui alimente au-delà de Barcelona, était bloqué et les commerçants vérifiaient minutieusement les serrures de leurs rideaux de fer… tout ce mettait en place pour une longue journée d’action. La matinée était chargée de nombreux points de rencontre, manifestions, distribution de tracts… et gare aux boutiquiers qui n’avaient pas encore baissé les grilles, « los piquetes » restaient vigilants…. en attendant la grande manif du soir.

Pour nous, le fait du jour, c’était aussi la présence d’une délégation du Parti de Gauche venue soutenir le combat des travailleurs d’ici. Une trentaine de camarades des PG de l’Ariège, de l’Aude et de Pyrénées Orientales, plein de bonne humeur et de drapeaux mais surtout plein d’humanité, sont venus jusqu’à nous, dans notre ville bien malade, nous apporter par dessus les Pyrénées leur soutien, leur solidarité, leur fraternité …

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Rendez-vous était prit Place des Volontaires près du Port Olympique et après un petit parcours dans les rues de la ville, nous devions rejoindre notre point de rendez-vous dans le cortège où nous attendaient des responsables de Esquerra Unida i Alternatives (EUiA) et de Iniciativa Per Catalunya Verds (ICV). Et là, … fiasco… impossible de se retrouver dans le maelström, … mille mondes… les syndicats, les associations, les collectifs de toute sorte, les partis de gauche, les écologistes et puis des gens, …beaucoup de monde, la grande avenue du Passeig de Gràcia était pleine à craquer….

Bref, premier point de rencontre perdu… pas de panique on a le plan B… Àngels Tomàs d’EUiA nous attend théoriquement un peu plus bas sur l’avenue, le rendez-vous du cinéma Comédia… c’est pire,… encore plus de monde, la musique à tue-tête, les slogans, des drapeaux partout… comment retrouver notre Ángels la dedans…Et puis comme par enchantement des camarades barcelonais surgissent de-ci, de-là… sauvé. On retrouve Ángels et… en moins de 5 minutes on se retrouve tous en tête du carré politique de la manif avec les principaux responsables de la coalition ICV-EUiA, Joan Herrera (ICV), Joan Josep Nuet (EUiA) mais aussi David Companyon candidat aux élections du 25N…etc etc . Avec nos drapeaux bleu-blanc-rouge et verts, et rouges, on ne passe pas inaperçu. « Mira son los franceses… J », les gens nous parlent spontanément, le sourire aux lèvres, contents de nous voir ici et bien sûr avec des questions… les conversations partent en tous sens… bref on arrive juste devant la tête du cortège et on fait les présentations… génial… photos… encouragements… des sourires.

Un peu plus tard, le cortège devait faire du surplace tellement l’avenue était comble et ce matin les syndicats organisateurs annoncent 1 million de participants,… un peu exagéré sans doute mais c’est la guerre des mots. Pour les quotidiens conservateurs de ce pays, et ils le sont tous à de rares exceptions près, cette grève n’a pas fait le plein… à voir les titres de La Vanguardia « Huelga limitada, l’Ara « Vaga parcial », sans parler des quotidiens nationaux comme les très « derechistas » la Razón, el Mundo ou l’ABC qui osent le mot « fracaso »…. El País, comme d’hab fait dans le neutre même si la photo de la Une montre l’ampleur de la manif de Madrid. C’est la guerre de com…

Pour conclure, si la grève générale a bien été suivie dans toute la ville et si la manifestation principale a rassemblé vraiment beaucoup de monde , le fait important pour nous ici, c’était la présence de cette délégation française. De ces militants qui ont bien voulu donner de leurs temps et d’eux même pour venir soutenir au-delà de la frontière, les travailleurs catalans, espagnols mais aussi tous les travailleurs étrangers qui vivent dans cette ville et qui souffrent comme les autres des conséquences des politiques conservatrices misent en place en Espagne comme dans toute l’Europe. Merci encore à eux. Au fait j’allais oublier, les principaux mots d’ordres de cette grève étaient, “contre le nouveau code du travail”, “pour la fin des politiques anti-sociales”, “pour un referéndum sur la politique de Rajoy”. “contre la destruction des services publics” ….

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