La guerre ne fait que commencer : soutenons SYRIZA !

#AutreGauche #AutreEurope #AutreMonde

150828-1Voilà des mois que je ronge mon frein au milieu de tout le bonheur de la grossesse et de la naissance de mon petit Luan. Impossible de prendre le temps d’écrire. Les dernières semaines de cette grossesse à risque ont été éprouvantes. La naissance prématurée de mon fils, en urgence entre trois intoxications au gaz où nous avons failli perdre la vie, aussi. Sans parler des problèmes post-césarienne qui m’ont valu d’être opérée encore à deux reprises. Il va de soi que je mets du temps à récupérer et que toute l’énergie dont je dispose, je la mets tout entière au service de mon fils. Mais ce matin je sens revenir la force et l’envie tenace d’écrire. Le fait de savoir mes camarades du Parti de Gauche en pleine rentrée politique au Remue-Méninges de Toulouse n’y est sans doute pas pour rien. Le fait que j’aurais eu beaucoup de choses à y dire non plus.

Ces jours-ci il pleut des commentaires désobligeants voire des insultes sur nos camarades grecs de Syriza, à commencer par le premier d’entre eux : Alexis Tsipras. Je 150828-2suis sortie de ma réserve temporaire sur les réseaux sociaux pour indiquer mon indignation et, je dois bien le dire, mon affliction à ce propos. Je dois néanmoins signaler que ma réaction n’aurait sans doute pas été exactement la même il n’y a pas si longtemps, je veux dire avant d’avoir acquis une expérience gouvernementale dans un petit pays comme l’Équateur, sans maîtrise de sa monnaie (nous sommes « dollarisés »), sans autre possibilité d’intégration à une zone monétaire pour le moment (la Banque du sud en est encore à ses premiers pas, malheureusement), et en grande situation de dépendance d’un système d’importations-exportations dans lequel l’Union européenne et les États-Unis sont des marchés encore incontournables. Nous avons en effet du accepter nous aussi « le pistolet sur la tempe », un « accord d’association » dont nous n’avons, après des mois et des mois de négociations, pu atténuer que de maigres mesures. Nos camarades à l’international ont, à juste titre, dénoncé le chantage dont nous étions victimes, et ont continuer de nous soutenir dans notre  lutte pour faire face aux conséquences et tenter de les amoindrir et de maintenir le cap socialiste qui est le nôtre.

La Grèce se trouve dans une situation similaire. Elle ne maîtrise pas sa politique  monétaire (euro),  globalement décidée par l’Allemagne de Madame Merkel du fait de l’inconsistance des gouvernements français et 150828-3italiens qui seuls pourraient peser assez lourd pour changer le cours des choses (à moins que des gouvernements se coalisent pour le faire mais ce n’est pas le cas non plus). Elle n’a pas de porte de sortie potentielle vers une autre zone monétaire pour éviter la spéculation qui ne manquerait pas de s’abattre sur la drachme en cas de sortie de la zone euro (les experts estiment qu’en conséquence la dévaluation de la monnaie serait d’au moins 40-50%). Je tiens à faire noter, concernant ce dernier point, que les voyages pré et post électoraux d’Alexis Tsipras en Argentine, au Brésil et en Russie prouvent combien un « plan B », bien qu’il ne soit pas souhaité, était pensé et travaillé par ses équipes. Il semble cependant que ces efforts n’aient pas eu le résultat escompté. Ils sont néanmoins un point de départ et de réflexion pour le « Sommet internationaliste pour le plan B » que propose le Parti de Gauche. Quant à la question de la spécialisation dans l’agro exportation et la dépendance aux importations, la Grèce est un spécimen rare de ce que l’Union européenne a fait de pire en la matière.

Je veux en venir au fait que, contrairement à ce que certains de mes camarades et de la population en général semblent croire, un Président n’a pas le pouvoir magique de transformer du tout au tout la situation de son pays. Il (ou elle d’ailleurs) doit partir de la réalité telle qu’elle est. La réalité du rapport de forces national bien sûr, plutôt intéressant pour Syriza en ce moment bien que les potentats locaux soient très certainement à la manœuvre au-delà des fuites de capitaux que le gouvernement a réussi à contenir par la force. Mais aussi et surtout le rapport de forces régional (européen) et international, qui n’est malheureusement pas favorable du tout aux gouvernements dits « progressistes ».

150828-4Je ne vous apprends rien si je vous dis que le gouvernement d’Alexis Tsipras est pour le moment unique en son genre en Europe. Il est le seul gouvernement de « gauche radicale » (on est désormais radical quand on est de gauche tout court dans le discours médiatique, la faute aux sociaux-démocrates qui ont récupéré et décrédibilisé le beau nom de « Socialisme ») aux manettes et est de ce seul fait le gouvernement à abattre pour tous ses « partenaires » gouvernementaux européens. Quant au niveau international, mis à part ici, en Amérique latine, où nous faisons face à une entreprise de déstabilisation monstre contre les gouvernements « progressistes » à échelle continentale, et mis à part les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) qui tentent de s’imposer comme force géopolitique et économique, il n’y a pas beaucoup de partenaires possibles. Or aucune de ces zones, malgré les récentes mises en marche de la Banque du sud et de la Banque de développement des BRICS (toutes deux pensées sur le même modèle proposé par Chávez et travaillé dans le détail par l’Équateur et notamment par mon ami Pedro Páez, n’est parvenu à développer complètement encore des systèmes de monnaies communes, et les pressions commerciales de l’Union européenne auront sans doute été trop dures (comme toujours) pour qu’ils puissent prêter main forte à la Grèce.

Dans ce contexte, il me semble très compliqué pour le gouvernement de Syriza de mettre en œuvre un « plan B ». Pas parce qu’un plan B est impossible, mais parce qu’aucun « petit » pays ne pourrait le mettre en place seul. Il lui faut au minimum des soutiens extérieur, et, si possible, des soutiens à l’intérieur de l’Europe. À mon sens, ce n’est pas sur Alexis Tsipras et sur son gouvernement qu’il faut taper pour ne pas avoir remportés seuls la bataille contre la Troïka et la finance internationale, mais contre Hollande et Renzi qui, tous progressistes qu’ils se disent, n’ont pas aidé la Grèce si ce n’est sur quelques détail. Evidemment, laisser Alexis et son gouvernement l’emporter, ça aurait été faire la preuve que leur acceptation totale de l’austérité était voulue et non subie. Car si on peut faire la zone euro sans la Grèce, on peut difficilement la faire sans la France !

150828-5Mais revenons aux invectives acerbes que je vois fleurir sur les réseaux sociaux à l’encontre de Syriza et d’Alexis Tsipras. J’ai dit ici et là qu’elles me donnaient l’impression de voir des fans brûler une idole. Je dois dire que ce comportement me parait absolument infantile. Certes il n’y a rien de plus rageant que de voir celles et ceux qui portent au plus haut nos espoirs de construire une Europe et un monde meilleur échouer. Mais est-ce une raison pour les accabler de la sorte ? Jamais Alexis et son gouvernement n’ont dit être d’accord avec le mémorandum signé ! Ou ils le signaient ou le pays serait déclaré en faillite et les banques grecques se verraient toutes liquidées (avec les économies de tou-te-s citoyen-ne-s grec-que-s).

J’y vois pour ma part une raison supplémentaire de lutter contre ceux qui l’ont fait échouer. Ou bien quoi ? Croyez-vous qu’il faille se résigner ? Ou diviser nos forces au risque de perdre le peu que l’on a ? Je pense en particulier, je ne le cache pas, à nos camarades qui ont rompu avec Syriza et sont partis former l’ « Unité Populaire » au risque de faire perdre le pouvoir à l’autre gauche lors des prochaines élections (un parti doit disposer de 120 sièges pour pouvoir former un gouvernement). Je comprends le fond de leur démarche mais pas la forme. Et s’ils maintiennent la scission lors des élections de Septembre je la trouverai inconséquente. En effet, s’il est nécessaire de pousser le rapport de force national contre les mesures austéritaires qu’est parvenue à imposer la Troïka, il ne saurait être question de mettre en danger le seul gouvernement de l’autre gauche en Europe ! Faire pression oui. Détruire non. La droite reviendrait au pouvoir aussi sec et appliquerait le mémorandum sans mettre en place aucune mesure qui en atténue les effets autant que possible en termes de justice sociale et d’emplois. Il me faut encore souligner que les médias privés du pays ne se sont pas trompés sur l’opportunité d’en finir avec un gouvernement de gauche : ils ouvrent grandes leurs portent aux dissidents de Syriza…

150828-6Je tiens à ce titre à dire que, si je suis absolument d’accord pour que des partis de la gauche européenne discutent avec les camarades (car ce sont des camarades) de l’ « Unité Populaire », je suis absolument opposée à toute rupture (ou affront pouvant y mener) d’avec nos camarades de Syriza. Ce serait là manquer totalement à notre rôle dans la construction d’une Europe plus juste. Disposer d’un premier gouvernement allié, mettre en valeur les efforts faits et les mesures emblématiques qu’il a pu mettre en œuvre du point de vue de la justice sociale (salaires, emplois publics, lutte contre l’évasion fiscale, les privilèges et la corruption) et humains (fermetures des centres de rétention pour migrants), dénoncer tout ce que l’Union européenne les empêche de faire, voilà qui serait faire de la pédagogie et nous permettrait de faire comprendre aux citoyen-ne-s français-es et europén-ne-s qu’il est possible de faire autrement si on pèse assez en Europe.

Bref, vous l’aurez compris, ce que je veux vous dire c’est que la bataille commence par le soutien à Syriza et par le combat  politique pour prendre le pouvoir en France.

Au travail, camarades ! Aux rues et aux urnes citoyen-ne-s !

5 commentaires vers "La guerre ne fait que commencer : soutenons SYRIZA !"

  1. Alain Losco's Gravatar Alain Losco
    28 août 2015 - 11 h 08 min | Lien permanent

    100/100 OK avec cet article je fais suivre
    amitiés
    Alain

  2. soyer martine's Gravatar soyer martine
    28 août 2015 - 13 h 46 min | Lien permanent

    Céline ou l’art de remettre les pendules à l’heure ! Belle analyse que je partage tout à fait. Je me sentais un peu seule avec mes espoirs en stand bye.

  3. christine Le Coënt's Gravatar christine Le Coënt
    28 août 2015 - 22 h 44 min | Lien permanent

    Merci pour toutes ces explications éclairantes qui me confirment dans ma bienveillance vis à vis de Tsipras qui a en plus le courage de supporter toutes ces critiques sans s’écrouler !

  4. Sicard's Gravatar Sicard
    29 août 2015 - 18 h 57 min | Lien permanent

    Tout-à-fait d’accord.
    Longue vie à Luan.
    Jean 6/4

  5. parianos's Gravatar parianos
    1 septembre 2015 - 12 h 58 min | Lien permanent

    Tout à fait d’accord avec vous. J habite en France, et je suis scandalisé par le bourrage médiatique que nous impose la TV notamment C dans l air de Calvi. Je suis déçu de l attitude du gouvernement Français soit disant de gauche (cela fait longtemps que CES Socialistes ne le sont plus, dommage que les Français ne le voient pas). Je soutiens Tsipras et la Grèce

Les commentaires sont fermés