Rentrer en France: quelle galère!

#RécitDeGalère #LaPrécaritéEstAuCoinDeLaRue #OnVautMieuxQueÇa #InsoumisLevezVous

Voilà maintenant deux mois et demi que je suis rentrée dans notre beau pays. Deux mois de retrouvailles chaleureuses, d’émotions fortes, mais aussi, malheureusement, de galères.

20160316_131704On m’avait souvent dit que rentrer en France était une gageure. Mais franchement les situations auxquelles on se retrouve confronté-e-s dépassent l’entendement ! Sachez tout d’abord que vous n’êtes pas réintégré-e directement dans vos droits à la sécurité sociale. Non. Vous devez attendre de pouvoir justifier de trois mois de résidence en France. Épatant, surtout quand on sait la surmédiatisation actuelle de la question de la nationalité, privilège dont on devrait pouvoir être déchu-e-s selon Messiers Hollande, Valls et consorts… (à mon avis, quiconque a vécu un temps certain en France devrait être réintégré rapidement dans ses droits. Il est absurde de laisser les gens trois mois démunis face à un pépin de santé).

20160316_144200Il y a quelques jours j’ai compris qu’il fallait que je parle. Publiquement. La situation qu’on inflige à ceux qui rentrent n’est pas tolérable. Elle doit être dénoncée de toute urgence car nous sommes de plus en plus nombreuses et nombreux à partir travailler à l’étranger. On ne “déserte” pas, contrairement à ce que laissent entendre certains commentaires haineux qui m’ont été faits. Non. On nous y oblige souvent (je dois ici préciser que ce n’est pas mon cas : je suis partie de ma propre initiative pour aider mes camarades au sein du gouvernement équatorien) car on ne trouve pas de travail ici. Et, plus souvent encore, dans une logique d’ultra globalisation, on nous pousse à travailler à l’étranger. Nous sommes d’ailleurs de plus en plus nombreux à le faire (environ 80 000 par an). Et ce n’est pas parce qu’on part un temps qu’on est destiné-e-s à ne jamais revenir. Il est donc urgent de prévoir les conditions d’un retour digne.

20160316_150237Alors j’ai fait une vidéo et je l’ai postée sur les réseaux sociaux. Je revenais de chez le médecin avec mon fils de 9 mois. Je n’avais pas pu le payer et par chance il ne m’en avait pas tenu rigueur. Je n’avais pas pu payer tous les médicaments nécessaires à la pharmacie. J’avais donc du faire le tri entre l’”ultra nécessaire” et le “moins nécessaire” avec le pharmacien. Et tout ça pourquoi ? Parce que la Sécurité Sociale ne m’avait toujours pas envoyé mon attestation de réintégration dans mes droits et d’acquisition du droit à la Couverture Maladie Universelle Complémentaire (CMU-C) ! J’en avais gros sur le coeur. J’avais la rage. Je me suis dit que je n’étais forcément pas seule à vivre ces situations si peu conformes à l’idée que je me fais de la France. Alors j’ai pris mon ordinateur et je me suis filmée. Pour raconter. Pour ne pas craquer. Pour ne pas baisser les bras. Pour que tout ça prenne du sens. Pas pour qu’on me plaigne. Pas pour qu’on m’aide financièrement. Mais pour que les gens réalisent que quelque chose ne tourne pas rond en France.

#OnVautMieuxQueCa Mon témoignage

Posté par Céline Meneses sur lundi 14 mars 2016

 

Certains m’ont accusée d’avoir “une haute idée de moi-même” parce que j’expliquais mon parcours académique et professionnel. C’est symptomatique d’un monde dans lequel les diplômes sont perçus comme des preuves de la supériorité intrinsèque des gens. Rien de plus absurde : les diplômes devraient sanctionner un niveau d’études atteint dans un domaine. Rien de plus. Rien de moins. Mais j’ai bien conscience qu’en l’état actuel des choses ils sont surtout le résultat (et le moteur) d’une reproduction d’un élitisme social. C’est pour ça que j’ai insisté sur mon niveau d’études et mon CV de façon générale : c’est pour que les gens se disent “si ‘même elle’ (qui répond aux critères qui font généralement qu’on n’est pas ‘précarisable’) elle se retrouve dans cette situation, alors pour la plupart des gens la précarité est au coin de la rue« . Et c’est bien ça qui se passe. C’est un phénomène que j’ai vu à l’oeuvre ailleurs : en Grèce d’abord, au Portugal ensuite, puis en Italie et en Espagne. Des jeunes de tous les niveaux d’études, avec des CV “brillants” (selon les normes convenues) qui ne trouvaient plus d’autre alternative que de partir à l’étranger. J’en ai vu un grand nombre (d’espagnol-e-s surtout) débarquer en Équateur où ils sont de plus en plus nombreux.

no-nos-vamos-nos-echanMais revenons à la question du retour en France. D’abord il faut dire très clairement que les Consulats ne font pas le boulot en la matière. “Ce n’est pas dans leurs compétences” donc “Vous verrez bien une fois en France”. Vous découvrez donc le pot aux roses en rentrant: – Vous n’avez pas ouverts de droits au chômage dans le pays où vous travailliez ? Eh bien vous n’avez aucun droit ici même si ce pays a un accord avec la France (et si personne ne vous avait prévenu de tout ça, ce qui est généralement le cas, tant pis pour vous) – Vous n’avez pas un sou en poche parce que vous avez épuisé toutes vos économies et que votre RSA n’arrive pas ? Eh bien vous n’aurez pas le droit à l’aide d’urgence aux familles, en tous cas si vous vivez sur Paris (car il faut, pour en bénéficier, “avoir vécu à Paris au moins 3 ans sur les 5 dernières années” pour pouvoir en bénéficier – Vous n’avez plus de sous pour payer le médecin et les médicaments ? Eh bien c’est ballot mais vous aller devoir attendre que la Sécurite Sociale vous envoie l’attestation de CMU-C (que vous attendez depuis un mois en regardant le contenu de votre boîte aux lettres désespérément tous les jours).

3509613-mere-celibataireEt il n’y a pas que ça : si vous êtes mère célibataire, vous pouvez aussi oublier les possibilités de retrouver vite du travail ! Eh oui ! Comme bien entendu vous n’avez pas pu inscrire votre enfant dans une crèche des mois avant votre retour, vous ne trouvez pas de place en arrivant. Vous le signalez donc (naïvement) à Pôle Emploi en vous inscrivant comme demandeuse d’emploi. Et là, surprise ! Aucune solution n’est prévue pour vous aider. “Ah non Madame. Je peux vous proposer la piscine gratuite, le tennis gratuit… mais la crèche ça je ne peux pas. Au mieux je peux vous trouver ponctuellement une place au moment où vous avez un entretien mais ce ne sera que pour quelques heures.” Et là vous vous demandez comment vous allez faire sachant que les heures de sieste ne sont souvent pas longues et que votre enfant n’est pas un jouet que vous pouvez poser quelque part pendant que vous faites vos recherches, passez vos coups de fil, écrivez vos lettres de motivation etc. Bref : à l’expérience il faudra attendre l’intégration en crèche ou, au moins, que votre enfant fasse ses nuits (ça peut parfois mette du temps) pour que vous puissiez travailler sur votre recherche d’emploi le soir sans être un zombie le lendemain (pas parce que vous ne voulez pas être un zombie par esthétique, mais parce que votre enfant en très bas âge a besoin de toute votre attention pour qu’il n’y ait pas d’accident).

Alors voilà. Il fallait que je raconte. Pas pour moi. Pas pour qu’on me plaigne. Je suis malgré tout une privilégiée: j’ai une famille et des amis qui m’entourent autant qu’ils peuvent. Ils ont trouvé le moyen de m’envoyer de l’argent à chaque fois qu’il l’a fallu et je sais qu’ils le feront encore. Je veux d’ailleurs rendre hommage à ma mère qui a toujours trouvé comment faire pour nous aider même quand ça semblait trop compliqué.  Non. Il fallait que je raconte pour les autres. Celles (surtout) et ceux (moins nombreux) qui se retrouvent dans ma situation et qui n’ont pas la chance d’être entouré-e-s comme je le suis. Celles et ceux qui ne sont pas hébergé-e-s par un super camarade et ami et qui dorment où ils peuvent. Celles et ceux qui vont aux Restos du Coeur et au Secours Populaire pour manger comme je m’apprêtais à le faire l’autre jour avant qu’on m’envoie un mandat cash et qu’on débloque ma situation à la banque pour pouvoir tirer de l’argent. Celles et ceux qui auraient besoin de l’aide d’urgence mais qui se la voient refuser alors que personne ne leur vient en aide comme on me vient en aide à moi.

Et puis un peu pour moi quand même : parce que transformer ma réalité compliquée en un point d’appui pour lutter pour les autres ça me donne de la force, ça me fait prendre de la hauteur par rapport à ma propre situation. Parce qu’en postant ma vidéo, en écrivant ces lignes, je sais qu’un nombre plus ou moins important de personnes se sentira assez révolté pour dire que c’est inadmissible et que ça ne peut pas durer et parce que je sais que parmi ces personnes il y aura peut-être des élu-e-s qui porteront le sujet devant les instances pertinentes. Parce que si tout cela est fait alors celles et ceux qui reviendront dans le futur seront mieux reçu-e-s dans notre pays. Parce que l’insoumission est un devoir civique quand les lois en place créent de l’injustice et de la souffrance.

6 commentaires vers "Rentrer en France: quelle galère!"

  1. Françoise's Gravatar Françoise
    16 mars 2016 - 18 h 10 min | Lien permanent

    Très bien Céline! Il était nécessaire de faire connaître cette galère.
    Et faire taire, ainsi, les mauvaises langues, promptes à dénigrer sans savoir de quoi elles parlent.
    C’est indigne.
    Tu es courageuse et rebelle. C’est bien.
    Nous sommes de tout cœur avec toi.

  2. M.'s Gravatar M.
    16 mars 2016 - 19 h 32 min | Lien permanent

    Courage courage courage.

    As-tu pensé à aller aux services sociaux de ta mairie d’arrondissement ? Si tu es à Paris, je veux dire. La mairie de Paris a conservé de bons budgets sociaux contrairement aux autres échelons territoriaux. C’est vraiment le bon échelon auquel s’adresser. Ils ont des aides d’urgence, ils peuvent aider, grandement.

    Courage courage. Je suis passé par à peu près la même chose en 2011-2012, c’était terriblement dur. Quand ça s’est débloqué, par chance, c’est là que je suis devenu militant, pour que cela n’arrive plus à aucun jeune. Cinq ans après, cinq ans de soi-disant gauche, rien n’a été fait pour résoudre ces situations. Il est toujours aussi dur de se loger si on n’est pas un bourgeois du 16e, et toujours impossible de trouver du travail si on n’a pas de logement…

  3. 16 mars 2016 - 22 h 57 min | Lien permanent

    Je ne sais pas qui vous êtes mais ce qui est sure c’est que nous sommes tous des humains et c’est pourquoi je vous apporte mon soutien à travers ces lignes mais pas que. Votre témoignage en vidéo m’a brisé le cœur. Avez vous déjà songé à faire de la récupe alimentaire à la fermeture des boulangeries et des magasins dans votre ville, cela pourra surement vous aidez et mettre du beurre dans les épinards en ces temps difficile et injuste que vous vivez actuellement avec votre puce.

    Voici 2 adresses qui pourrais vous aider : http://forum.freegan.fr/ et renseigner vous si il n’y à pas une tente des glaneurs dans votre ville, c’est une asso qui donne gratuitement sans justificatif ni quoi que ce soit de la nourriture (pains, fruits et légumes essentiellement).

    Dommage que vous ne soyez pas de Grenoble sinon je vous aurais bien aidé et soutenus directement dans vos épreuves.

    Bonne continuation et courage avec votre petite.

  4. Caroro's Gravatar Caroro
    17 mars 2016 - 10 h 07 min | Lien permanent

    Courage,
    Quand j’étais expatrié en Irlande un couple de collègue de travail a eu son petit garçon malade d’un cancer.
    Ils n’avaient pas d’assurance rapatriement car ils vivaient sur place depuis 10 ans et avait fait leur vie ici, mais comme les medecins irlandais ne sont pas aussi bons que les français, ils ont voulu qu’il se fasse soigner en France. Aucun hopital Français spécialiste en cancerologie n’a voulu qu’ils puissent réserver une place.
    Du coup, le petit garçon de 5 ans n’a pas survécu et en plus les parents étaient ruiné malgré les cotisation de pas mal de Français d’Irlande pour les aider.
    Ils ont demander de l’aide au consulat qui leur a dit d’aller se faire foutre.
    Quand il faut du pognon pour faire la guerre en Syrie, en Lybie, en Afganisthan ou au Mali, ou quand il faut donner des emoluments aux anciens parlementaires ou president ou payer ces parasites de députés qui une fois élu ne sont jamais présent à l’assemblé et quand ils y sont c’est pour des lois qui les arrangent, Là du pognon, y’en a ! Mais lorsque qu’il s’agit d’aider nous pauvres gueux c’est « vous comprenez les temps sont dur.
    Je décolère pas de ce gouvernement et des larbins qui leur trouve encore des excuse alors qu’objectivement ils ne recoivent rien pour ça. #onvautmieuxqueca

  5. 18 mars 2016 - 8 h 02 min | Lien permanent

    Hola Céline, gusto en saludarte,

    Te siento triste desde que volviste a Francia, ¿de repente estas mejor en Ecuador? Bueno, un gran abrazo para ti y tu hijito, yo también acabo de tener un bebe, nació el 17 de febrero, ya es mi sétimo hijo pero la felicidad y el cariño siempre es igual.

    Cuidate,

    Ernesto

  6. 21 mars 2016 - 20 h 49 min | Lien permanent

    Bonsoir Celine,
    Le petit fils de republicain Espagnol que je suis,ne peut rester indifferent a ton ecrit et a ta video,permet moi de saluer ton courage,de livrer ton intimite ,certe comme une souffrance,mais avec la Force d’informer et surtout de continuer le combat.Bravo a Toi
    En parfait accord avec tes mots, de tout se que tu represente dans ton engagemement,permet moi de t’apporter tout mon soutien et de t’indiquer que je suis disponible pour toute aide materiel et morale
    Besos Calienté
    Daniel

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